Aethariel
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Joined: 12 Apr 2008 Posts: 29
Localisation: Liège
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Posted: Thu 19 Jun - 20:20 Post subject: Dastan |
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« … Dorian était hors d’haleine, et toujours ses poursuivants étaient à ses trousses. A travers le dédale de ruelles d’Alkmer, il essayait de comprendre comment il en était arrivé là : le siège que leur faisaient endurer les forces de Valombre avait réduit en miettes les maigres défenses de la cité à néant, et maintenant c’était la débandade parmi la garnison. L’ennemi se répandait dans la ville comme une masse grouillante d’insectes voraces, incendiant les maisons et massacrant les habitants.
Dorian se retrouva soudain dans un cul de sac, sans plus aucun espoir de s’échapper. Dégainant en tremblant son épée, il fait maintenant face à trois guerriers lourdement armés qui se laissent aller à un rire rauque devant cette scène pathétique. Dans un élan de courage insensé il se rue sur ses assaillants en espérant trépasser rapidement. Il trébuche alors sur une pierre et se cogne la tête contre le sol, misérable fin pour un jeune misérable soldat… »
***
« Le goût du sang dans la bouche… La douleur qui s’insinue dans le crâne… Je ne suis pas mort ! Tant bien que mal, j’arrive à me relever et cherche mes adversaires du regard, ils doivent bien se marrer de me voir ainsi me vautrer ! Mais non, ils gisent morts à terre !!! Le rouge sombre de leur gorge tranché me donne des frissons dans le dos : qui a bien pu leur faire ça ?
« A quoi ça te sert de contempler ces cadavres ? » demande une voix au-dessus de ma tête. Je sursaute et me retourne prestement afin de voir mon interlocuteur : un homme dont je ne perçois pas le visage est assis nonchalamment sur une corniche, jouant avec un poignard aiguisé qui semble avoir servi récemment, à en juger l’éclat vermeil qu’il projette à la lumière de la nuit. « Qui es-tu ? » Lui lance-je dans un air de défi qui soit-dit en passant, ne me convainc même pas moi-même.
D’un bon, l’inconnu incroyablement agile se tient debout en face de moi. Ses yeux gris-bleus semblent sonder mon âme à la recherche de quelque chose connu de lui seul. « Mon vrai nom, je le garde pour moi. Tu n’as qu’à m’appeler Dastan ». Je ne tiens plus son regarde et baisse la tête. Avant même que je l’aie relevée, il a disparu, mais j’entends encore au loin : « Dépêche-toil, d’autres arrivent ! ». Considérant le nombre de mes problèmes immédiats, je suis son conseil et reprend mon chemin, courant vers le palais, dernier refuge dans Alkmer à feu et à sang… »
Bondissant de toit en toit, l’homme poursuit sa course à travers les rues en émoi. « Dastan… ». Ce nom, ce sont les habitants d’Alkmer qui lui ont donné : « celui qui vient la nuit », rien de plus rien de moi. Cela lui plaît à lui qui parcourt tous les soirs cette ville qu’il a appris à connaître par cœur depuis tant d’années. Aussi loin que remontent ses souvenirs, il a toujours connu cette vie recluse, dans l’ombre, et s’est initié instinctivement à sa vocation naturelle. La plupart du temps, il ne ressent rien pour tous ces gens qu’il croise au gré de ses allées et venues, mais cette nuit c’est différent. Aujourd’hui sa cible est précise et bien ancrée dans son esprit.
Le voilà arrivé : à 100m de là, Valombre se tient dans un stature qu’il veut imposante et majestueuse. En train de donner ses ordres à ses généraux, il ne remarque pas l’ombre qui se profile dans son dos. Occupé par ses ambitions démesurées, il ne perçoit pas le faible craquement de la nuque du garde derrière lui. Obnubilé par Alkmer qu’il croit à ses pieds, il ne se ressent que trop tard le vif sifflement et le froid tranchant de la lame qui le décapite en un instant.
Profitant du trouble qu’il vient de causer, Dastan s’empare prestement de la tête du tyran vaincu et grimpe en un éclair sur les toits. Il n’en est qu’à la moitié du chemin, et doit maintenant rallier le palais. Courant dans la brume qu’apportent les premières lueurs de l’aurore, il s’agrippe à la hampe d’un des immenses fanions ornant l’entrée du cœur d’Alkmer et grimpe rapidement ce qui va le mener à la salle du trône.. D’un bond il se retrouve devant le roi et ses vassaux en plein débat stratégique. Envoyant la tête de Valombre rouler sur la vaste table ornant le côté droit de la pièce, il sort enfin de l’ombre. Adressant un clin d’œil au soldat qu’il a sauvé quelques heures plus tôt, il s’avance vers le roi l’air grave.
***
Ma mise en scène a fait son petit effet, à en juger le regard stupéfait que m’adresse le vieux roi. « Voici la tête de Valombre », lui lance-je, un sourire aux lèvres. « Je crois que c’est le moment rêvé de lancer une contre-offensive maintenant que le serpent a perdu sa tête… ». Valdred n’est pas vieux et roi pour rien, je sais que son esprit n’a pas, au contraire de son corps, subi les affres du temps. En quelques gestes secs il envoie l’ordre aux premières lignes de lancer l’assaut avant de se concentrer de nouveau sur moi. « A qui doit-on cet exploit ? Et pourquoi celui-ci ? Qu’y retirez-vous ? ».
Comme prévu. Je me doutais bien que le roi ne serait pas dupe… « Le fait que vous ne daigniez toujours pas me reconnaître pour qui je suis après tout ce temps ne me dérange plus tant que ça. Ceci dit, simplement que vous disiez merci me satisfera, père ! ». Pour la première fois depuis que je le connais, le roi me sourit. « Dastan. C’est ainsi qu’on t’a surnommé au dehors. Tu connais les enjeux par rapport à ta reconnaissance. Aujourd’hui tu as joué ton plus beau coup, et aujourd’hui je dois dire que je suis assez fier de toi… fils ! ».
Enfin… après tout ce temps, je pourrais enfin gagner une vie rangé, vivre les fastes de la cour. Mais en ais-je encore envie ou était-ce simplement l’idée elle-même qui me fascinait ?
« Merci mon roi, mais je crois que je vais plutôt vous quitter quelques temps. J’ai envie de changer d’air, d’aller voir ce qui se trame au delà d’Alkmer… A bientôt peut-être… ».
***
Et soudain le mystérieux guerrier s’élança à travers la fenêtre dans la nuit. « Si tu pouvais au passage élaguer un peu parmi les officiers de valombre « lui cria le roi le cherchant du regard…
Il savait que plus tard on retrouverait les sous-fifres de Valombre sans vie, et qu’avant la fin de la journée la cité serait reprise et purifiée de ses assaillants. Cet homme, ce fils d’une nuit embrumée ne l’avait jamais déçu, mais le vieux monarque avait trop de fierté pour le reconnaître. Cependant, il sentait la même fierté dans le regard de Dastan, et savait bien que même s’il lui proposait la succession du trône celui-ci refuserait, trop heureux de sa liberté et de sa vie d’aventures. Se souvenant un instant de son jeune temps, il chassa ces pensées d’un geste de la main et saisit son épée. L’heure n’était plus au passé mais au présent et à la guerre !
°°°
Cela faisait trois jours que Dastan avait pris la mer vers une direction inconnue, son cœur guidant ses pas. Alkmer avait été rapidement reprise : une heure après son entrevue avec le roi, il était souillé du sang des officiers adverses.
Le soleil brillait fort aujourd’hui, un temps idéal pour se reposer un peu. Dastan se cala contre le bord du frêle esquif qui filait droit vers une destination connue de son capitaine seul. Le jeune homme bailla un moment et s’assoupit. Prendre un peu de repos avant la prochaine aventure… _________________ Le sang coule sur l'herbe, et la haine est toujours présente...
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